LES PAPOTAGES DE
CANOUCHOU

EXTRAITS :

9


Des intrus ? J'étais si tranquille, choyé dans cette grande cage pour moi tout seul, pourquoi me mettent-ils ces autres ? Et puis ils sont plus grands que moi, mais comme ils sont empotés, ils se laissent attraper facilement alors que moi il faut voir comme je gigote !
Ils sont un peu affolés dans leur coin. Tant pis, je vais leur donner deux ou trois coups de bec pour faire connaissance !
Ils ont vite compris où est la pitance. Je commençais à me lasser des granulés mais eux ils mangent avec tellement d'appétit ! Et puis, je voudrais bien, moi aussi, grossir.

10


C'est l'heure du grand ménage. Depuis qu'ils sont là, notre litière se salit plus vite et alors c'est la corrida. Pour le principe je tiens à être attrapé le dernier. Je cours tout autour de la cage. Quand on nous enferme tous dans une boîte en carton, serrés sans lumière, ce n'est pas la joie.
La compagnie, après tout, ce n'est pas désagréable. J'ai pris l'habitude de me coucher contre eux. Ils m'ont bien accepté. Maintenant nous dormons blottis tous ensemble, quand la fatigue nous emporte après avoir picoré de-ci de-là. La paille est fraîche, on nous la change tous les jours. Sous la lampe, il fait bien chaud, même si maintenant elle est un peu plus haute. C'est notre soleil à nous, pas de jour pas de nuit.

11

L'abreuvoir, pourquoi déborde-t-il toujours ? Et ça ramollit l'aliment qui devient de la bouillie. C'est l'autre avec son grand bec. Moi, pour patauger, je fais attention même quand je m'essuie dans la litière.
Maintenant que nous sommes plus grands nous avons droit à une petite baignoire. La cane noire, elle aime ça, elle l'accapare en se couchant dedans pour s'ébrouer. Moi, avec l'autre mâle, je la laisse faire. Les filles, elles ont de ces coquetteries !
Au moment du nettoyage nous avons un autre enclos. Ce n'est plus pareil : autour, d'immenses espaces, au-dessus c'est l'infini, le ciel comme ils disent, et il y a un vrai soleil. Sous nos pattes, nous nous sommes aperçus que les brins d'herbe qu'on nous donnait coupés poussaient sur le sol. Il faut les arracher, c'est plus difficile, mais ils sont plus juteux.

12

Cette fois pourquoi secouent-ils ainsi la boîte en carton, ça balance !
Enfin, une fente, du jour, ils ouvrent ma prison, je vais être délivré !
Tiens, ce n'est plus pareil, c'est très très grand, et c'est haut, mais pas d'ampoule.
Les autres sont déjà cachés dans un coin, ils ont l'air de trembler. Moi je fais le fier, mais quand même c'est effrayant tout ce volume après avoir été si bien dans notre petite mue. C'est vrai qu'ils avaient beaucoup grossi, et moi aussi sans doute, je me sens plus lourd.
C'est surprenant toute cette nouveauté. De tous les côtés, des murs de planche, sauf là où il y a un grillage. Derrière, les gens nous regardent, ils sont enfermés eux aussi.
Pourvu qu'on ne nous fasse pas de mal. C'est inquiétant. Je vais moi aussi aller dans l'angle le plus éloigné tout contre mes amis !

 


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