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"FAITS D'HIVERS" Nouvelles policières : Extraits

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DESCENTE EN ENFER
LA MAUVAISE PENTE

Élève curieux de ce qui l'intéressait, Luc aimait particulièrement la chimie. Il était passé en D volontairement parce que les maths trop abstraites l'ennuyaient. Son père, cadre écrasé de lourdes responsabilités où il montrait certainement trop de conscience, rentrait tard. La mère, elle, militait dans des œuvres, des associations, et les réunions tardives la faisaient déserter un foyer dont le mari était trop souvent absent.
Luc en profitait pour traînailler au flipper, saoulé de cliquetis, affolé de concentration, acharné pour faire tilt. C'est au Baby Foot qu'il avait rencontré Garcin et Mouffard, des gars à première vue tout ordinaires. Ils avaient beaucoup de fric à claquer. Et ça l'épatait, lui condamné par des parents trop sévères à des miettes d'argent de poche ! Pourtant ses vieux avaient le moyen et ils donnaient facilement aux autres, mais pour eux, cette parcimonie était une méthode devant l'amener au souci de l'économie. Vision simpliste et facile, ressort de frustrations et d'envies non satisfaites.
A cet âge, on entre facilement en confidence, surtout quand on veut se faire une place par la morgue et la vantardise. Il avait vite appris : les chapardages, les bris de glace, les vols d'autoradios, les poursuites échevelées

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et l'esquive, la fierté du pas vu pas pris. Petit à petit se constituait un petit groupe commandité par un receleur, pour piller les maisons isolées, proies faciles pendant l'absence des occupants.
Parfois c'était de la routine, un boulot fatigant de déménageur bien peinard. Parfois c'était plus risqué, ils avaient été amenés à abandonner dans les buissons du jardin les meubles et bibelots de prix, chassés par les aboiements du chien, mais ils reviendraient.
Épargnés de la Révolution par une population de Berrichons calmes, il y avait des châteaux cossus bourrés d'antiquités, inhabités l'hiver, dont l'envie tracassait leur commanditaire. Tout était barricadé de serrures et de barres de fer, et ils n'étaient pas très portés sur l'effraction difficile et bruyante. Sylvain plus fluet avait trouvé la faille, il descendait par la cheminée suffisamment large, vestige des temps ou des troncs entiers assuraient le chauffage. Facile de l'intérieur d'ouvrir la porte aux autres qui attendaient dehors. Ensuite ils avaient tout leur temps, toute la nuit, pour dégager les objets de valeur, sans éveiller l'attention. Sûrs de l'impunité dans des locaux désertés, ils avaient pu s'y reprendre à plusieurs fois.
Le Comte abasourdi ne comprenait pas comment ils entraient, il n'y avait pas de dégât. C'était du travail propre. Seule restait la trace de la poussière autour ou la tache plus foncée sur la tapisserie abritée par le meuble

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Pourtant, un jour, Sylvain n'était pas revenu ; ses camarades et complices l'avaient attendu en vain, qu'est-ce qu'il foutait là dedans ? Sans doute essayait-il de les rouler en sortant par derrière avec quelque bibelot de valeur, en tout cas ils n'allaient pas attendre toute la nuit dans le froid. Au diable l'égoïste, ils le retrouveraient bien au tournant et on réglerait les comptes !

Mais jamais il n'était réapparu. Avec l'insouciance de la jeunesse ils l'avaient vite oublié.

Le propriétaire avait récemment fait poser une grille en bas du tablier, impossible de remonter dans cette cheminée étroite, sans aspérités, où pour entrer et descendre il suffisait de se laisser glisser.

Aux beaux jours, de retour de son appartement du XVIème, à chaque week-end, le châtelain était incommodé par des odeurs nauséabondes, c'était ennuyeux quand il recevait des amis, surtout dans la salle à manger. Les égouts peut-être bouchés ou détériorés, trop vieux, dans cette baraque héritée de ses ancêtres, mais comment localiser alors que les plans avaient été perdus ?

Sylvain avait été découvert plusieurs mois plus tard par l'odeur de putréfaction. Ça les faisait rigoler. Pour eux l'amitié n'était qu'une utilité, une complicité d'un moment, une dispute pour le partage du butin.


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