"HARMONIES" Poésies : Extraits
CHER BERRY
II y avait des bois, des fûts et des taillis,
la défriche a tout eu, au temps de la culture,
plus de fleurs, plus d'odeurs, plus d'oiseaux, plus de cris,
terre sèche, mal du soc, infini sans bouchûre.
Champagne du Berry, sans vin, sans vie, sans cerfs,
il nous reste ici l'étendue des soleils,
nostalgie d'un sommet et du blanc de Sancerre,
rêvons à nos fleurs jaunes où butine l'abeille.
Trouver l'eau en creuseur, manège d'arrosoirs,
mais drainer de tuyaux, égoutter pour la pluie.
Le désert en hiver, la tristesse des soirs.
La récolte en été, les camions qui charrient.
Barbelés en Sologne, champignons interdits,
châteaux éparpillés sur la route Jacques Cur,
bufs gras dans la pâture du val de Germigny,
l'habitant un peu chti, le village qui se meurt.
02/02/1989
On a le cur léger, les jambes s'impatientent.
C'est un élan de joie, la bouffée du plaisir.
On ne peut résister à tous ces sons qui chantent.
Tout le corps en festoie, gagné par le désir.
Fond de basse à la Vielle, claquements de sabots,
sont support permanent, musique pétillante :
Les aigus étincellent et les sourdes en cahots,
au rythme sautillant font cadence entraînante.
Tournant la manivelle ou soufflant dans ton outre,
charmant Ménétrier, tu sais nous étourdir.
Tu mouds des étincelles à faire vibrer les poutres,
enragé de jouer jusqu'à nous assourdir.
La Bourrée en tapant, et après le quadrille.
Le Branle se déploie, se déroule en cordon.
L'un crie de temps en temps ou un autre sautille.
Les jeunes se coudoient, allez bisez-vous donc !
La foule est ébahie, palpitante elle écoute,
et envie guillerette les ébats endiablés,
les habits, les toilettes. Elle se laisse aller,
à moitié attendrie du glissé qui froufroute.
Mais oui c'est l'assemblée, les Sonneurs Nérondais
sont venus cette fois animer le spectacle.
L'assistance enchantée toujours applaudissait,
souvenirs d'autrefois... Envoûtement, miracle.
De son museau pointu, la démarche hésitante,
il renifle, il cherche, il avance gentil.
Le petit pied griffu s'accroche sur la pente.
Avec mal il se perche, tout en haut, le voici.
Des petits yeux curieux derrière le nez tendu,
la tête se déplace pendant qu'il se dépêche.
Sur le terrain herbeux, au sommet du talus,
il arrive vivace, fuyant la rosée fraîche.
Au bord du gravillon, il hésite peureux,
flairant dans la poussière pour retrouver sa trace.
Il apparaît brouillon, mais reste désireux
de quitter la glacière pour la chaude surface.
***
Il y est ! Tout réjoui, oublieux, fanfaron.
Au diable la morale, les leçons de la mère !
Le ventre rebondi, à plat sur le goudron,
satisfait il s'étale, calmé il récupère.
Le bruit lointain s'approche, le frôle et puis le fuit.
Inconscient, l'étourdi somnole et se régale.
Bientôt l'esprit décroche, à moitié endormi.
Un danger le saisit, et d'instinct il détale.
Il s'en tire cette fois sans la moindre anicroche,
les épines dressées pour se mettre à l'abri.
Il s'en va ! Toutefois ... Basculé, il ricoche,
les roues qui se suivaient n'ont pas eu de merci.
***
À force de passages, sur la route on ne voit,
que piquants abattus et la bête éventrée,
véritable carnage, aplatie par le poids,
tout le sang répandu, rien qu'une peau tannée.
Écouter des anciens le triste clabaudage,
et s'efforcer de croire les propos rebattus ?
Comment être prudent quand on n'en a pas l'âge ?
Tout paraît dérisoire quand on n'a pas vécu !
On n'est pas vu, pas pris, on échappe souvent.
Les joies de l'aventure ne sont que provisoires.
A un moment l'oubli provoque l'accident.
La leçon sera dure d'un état transitoire.
Colimaçon allait sur sa trace luisante.
La Loche se hâtait d'ondulations pesantes.
Son rythme s'accélère, ils échangent des mots :
- Où allez-vous compère ? - Je cherche mon fagot.
La voisine bavarde minaudait, intrigante,
commérant sans façon, comparant leurs atours,
gentiment elle brocarde son compagnon balourd,
se moquant du garçon, elle se fait méprisante.
- Tu te traînes gros père ! Dis-moi si ta coquille
te donne du ballant ? Si c'est une prison ?
Si dans les fondrières jamais elle ne vacille ?
Es-tu vraiment content de traîner ta maison ?
Mais lui, gluant, baveux, confie à l'inconnue :
- En temps de canicule, loin de l'agitation,
derrière mon opercule, j'ai là ma protection,
et je reste visqueux quand tu es toute nue.
- Regarde ! Et vois rougeâtre la peau de mon manteau.
Elle reluit au soleil et ne craint pas l'usure !
- Je n'ai pas mon pareil ; décorée d'un pinceau
ma vêture grisâtre est zébrée de rayures.
***
L'intrus est étranger à ces galanteries.
Prêt pour la régalade, il cueille le Luma,
et foule de son pied l'orgueilleuse Diva,
gourmande de salade, la réduit en bouillie.
Protégé de beauté, protégé d'une armure,
rien ne résiste à l'homme, prédateur de nature !
Pressé de grappiller, égoïste et prêcheur,
pour être gastronome il se fera tueur !
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : Petit Monde" page 38
Dans la belle nuit de Mai
Le Luma se promène
Silencieux et secret
Sous la lune sereine.
Le sillage argenté
De son pied ondulant
Est le vestige muet
Dun voyage enivrant.
Il sest gavé hier
De verdure délicieuse
Carottes printanières
Et salades juteuses.
Sa coquille irisée
Chemine lentement
à travers la rosée
Du petit matin blanc.
Gros luma cache-toi !
Le Berrichon tattend
Pour faire un plat de choix
Avant quil soit longtemps.
En sauce ou sur le gril
Il aime te savourer
Régaler ses amis
Sur un air de bourrée.
Dans la belle nuit de Mai
Mon ami se promène
Silencieux et secret
Et me fait de la peine.
Françoise GICQUIAUD
Nostalgie
de l'autrefois embelli de fantasmes.
Souvenirs fluides.
Décantation du désagréable.
Sédimentation du mal.
Création fardée de lumières.
Le bonheur est un passé
lavé des soucis du présent.
***
Mémoire corrigée de l'échec.
Vieillesse de la jeunesse.
Ratures de l'expérience sur les timidités naïves
embellies des images retouchées.
Souvenirs.
Souvenirs restaurés, confirmés.
Construction.
Images, assemblages pour le plaisir de soi .
***
Regrets du temps passé,
des obsessions absurdes,
des occasions perdues,
des limites fictives,
du fini de l'infini,
Ridicule des craintes vues de loin,
des barrières invisibles,
de l'impossibilité du possible,
vanité.
Peurs déteintes à la lessive du temps.
Interdits assourdis de passé.
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : Sursauts" page 45
Tempête fermée,
contenue
dans un cristal vibrant.
Musique trop tendue.
Frémissement lumineux qui tinte.
Décharges phosphorescentes,
jets fulgurants,
éblouissants.
Envol.
Picotement, fourmillement,
secousses bleues, vertes, rouges,
qui irradient.
Éclairs.
Agitation secousses,
bascule clignotante de piment.
Café salé.
Excitation.
Carnaval bouillant des émois.
Chimie brûlante des humeurs.
Projection interne qui fermente.
Tourbillon acide et fou.
Hérissement.
Pulsations aigres,
acérées, vibrantes.
Brûlure sèche.
Saccades éblouissantes du chlore réfléchissant.
Clignotement acide.
Cliquetis assourdissant d'étincelles.
Feu d'artifice silencieux,
acide et sourd.
Foisonnement pointu irritant.
Frémissement vert.
élans.
Sursaut de l'esprit qui chavire.
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : Sursauts" page 46
Ombre bleutée.
Rythme lent monotone.
Effluves suaves transparents.
Contact lisse et frais.
Effleurement oublié.
Collier des images qui s'égrainent.
Dilution des bruits.
Vague.
Nébuleuse molle.
Vacuité.
Repos sucré.
Langueur tiède.
Souffle ténu.
Flatulence grasse.
Ruissellement plat.
Mer d'huile.
Brillance de l'étang au soleil.
Obscurité douce.
Frémissement, pétillement de l'esprit qui s'apaise
repu de mouvement.
Répit muet.
Bruissement familier effacé de routine.
Soie du duvet.
Effluve sans nom.
Mouvement sans visage.
Vide.
Creux.
Tube sans fond.
Puits infini.
La descente tranquille.
Balancier tournoyant.
Soutenu d'un nuage de coton vert pâle
fade comme une pomme de terre crue.
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : Sursauts" page 57
C'était une atmosphère crue et nue
comme le lumoiement des tôles,
une atmosphère de suspicion d'intolérance
comme la lourde respiration d'une sieste d'été,
un carré blanc sur le fond bleu
de la vie et de ses étoffes.
***
Moi j'étais venu rouge
d'activité et d'enthousiasme,
je leur avais donné des spasmes de douleur.
Ils se tordaient comme des tronçons de vers,
comme un crapaud vivant que l'on tient sur le feu
pour le faire éclater.
J'avais réchauffé leurs gelures
d'une clarté sinistre de bonheur,
et j'en ressentais la morsure.
Associés dans un but suprême et dur
le sable le verre le caillou et le fer
vont carrés et aigus comme les dents des scies
et coupent en mordant
d'une voix sèche et froide.
***
Le coton et le bois le poil et le carton
sont doux et chauds comme une nuit d'été
ils caressent et s'effritent sous la main qui s'amuse
et font crisser les dents d'étincelles électriques.
***
La voix la nuit et le bonheur
sont des antres noirs et graves
où vibrent le Gardénal et le charbon actif.
Ils bercent le sommeil
en donnant au cur un tapis métallique.
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : Visions" page 60
C'était un arc-en-ciel humain
de la couleur de mon Printemps
et du bonheur de mon amour.
***
C'était l'éclair et le tonnerre
la tempête de mon plaisir
les palpitations de mon cur.
***
Et c'était une chèvre tranquille
qui cueillait l'herbe dans le marais
de mon amour abandonné.
***
C'était un bout de sentiment,
tendre,
comme un lapin saoul de vin cuit.
***
Une douceur amoureuse
qui me frôlait dans un baiser
de velours et de violette.
***
Une pomme de plaisir
qui me roulait entre les bras
et qui avait le goût du sucre.
***
C'était la féerie de l'avènement
l'indéfinissable élan
c'était le vertige du trapèze volant
le repos de la mer qui monte.
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : États" page 66
Quand tu poseras tes joues roses
et que tu fermeras les yeux poupée,
bonbon qu'on ne doit pas sucer,
je te vêtrai de Cellophane
et je te garderai.
Pour te préserver du profane
je te mettrai
dans ma tirelire d'enfant,
tout près de mon nounousse,
je te bercerai tout le temps
dans mon souvenir en chantant.
Si tu veux visiter mon cur
il est sous le rosier en fleurs
dans un parfum de violette.
***
Il y frissonne doucement
et la fadeur de l'innocence.
***
Si tu veux éveiller mon cur
il te suffit de le griser
en lui disant dans un baiser
que le tien a su le comprendre.
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : Possessions page 72 et 77
Mon cur est en sucre et le tien en frimas,
le tien s'effrite quand on le touche,
et le mien fond quand on le voit.
***
Mon cur en sucre aimerait ton frimas.
Si tu sais bien me regarder
je saurai sans trop t'émietter
t'embrasser.
***
Nous irons au pays où la nuit durera.
Si tu veux dans la lune où le soleil n'est pas
et nous serons heureux.
Marc GICQUIAUD HARMONIES "Possessions page 78
HÔPITAL
Je traîne une petite vie morose et inutile,
Sans effort, passive, et sans raison, choyé,
Occupé de plaisirs et de soucis futiles,
J'accepte l'impossible et rêve à mon passé.
Mort en sursis, vitalité brimée de craintes,
Je connais les limites du mouvement gratuit.
Oublieux de la ville, sans envie et sans plaintes,
Je transforme en prudences, élans, accès fortuits.
Abreuvé de dragées et pilules diverses,
Garrotté pour tension ou piqûres perverses,
Je subis sans souffrance et fais ce qu'on me dit,
Passant de mon fauteuil à la table et au lit.
Mais je vois tout autour infirmières gentilles,
Attentives à mes soins, s'affairant à servir
en douceur et conscience nous tous garçons ou filles.
Présentes à nos côtés pour vivre ou pour mourir.
22 07 1988
Marc GICQUIAUD "HARMONIES : Diversions" page 110
Haut de page / Retour au catalogue / Page d'accueil / Commande / Nous joindre
Cliquez sur le thème qui vous intéresse
pour voir à la liste des poèmes correspondants
PETIT MONDE (Comme des bêtes) SURSAUTS (Dissections du moi) VISIONS (Sensations) ETATS (Evocations) POSSESSIONS (Rêves) DESIRS (Poésies de jeunesse) BERRY (Couleurs locales) EXISTENCE (Leçons) DIVERSIONS (Divagations)
PETIT MONDE, Comme des bêtes : L'abeille Cafard La chatte Le chien objet L'éphémère Le hérisson La minou La mouette rieuse La mouche Le roquet La vipère Cloporte Le bateau vibre Chattemite La chauve-souris Le grillon La puce Le sauticot Le merle siffleur La fourmi Coccinelle et doryphore Le citron pressé Limaçonne polissonne, colimaçon bougon
Bain d'amour Réunion Langueur Nostalgie Tension Enervement Tristesses Inquiétude Danger Révélation santé Repos forcé Partie Angoisse Bien-être Coupable Suicides Espoirs insensés Calme
Huis clos Eléments Mars J'aurais voulu au pays des merveilles Contemplation dans la clarté du ver luisant Vase Cafard Homicide La résonance étrange
C'était un arc-en-ciel humain Ciel Lune Lunaire Soleil Les libellules ont des ailes de lune Je voudrais promener au pays impassible
Dodo Donner c'est donner, reprendre c'est voler La fille du coupeur de paille Fleur Geste d'amour J'ai descendu dans mon jardin Je voudrais te faire des poèmes sans valeur Il m'aura suffit d'un parfum Voici le petit chat siamois Si tu veux visiter mon coeur Sourire Mon coeur est en sucre Tu ne voudrais pas d'un zinnia
Tu es bien belle avec tes lèvres Le ciel avait recouvert la terre Ces douces nuits où je rêve d'amour Hélas Illusion J'aime te voir sourire mignonne Le marron a des reflets roses Tu me parlais avec ta bouche J'ai reçu des mots dans mon coeur Par hasard on s'est regardé Ma plume d'oie c'est pour t'écrire Quoi
Cher Berry La bourrée carrée Le brennous Le grand valet a fermé son couteau Gault et Millau Les dépatures de Gargantua L'Indre Réserve
Naissance Au jeune écolier Eduquer ses parents Jeunesse Liberté Faut qu'on Possession Patron Mûr Vieux
Mots à maux Broussais Hôpital Voisine Meurtre d'enfant Mots Tombes Pitiés blessantes
Le luma
Haut de page / Retour au catalogue / Page d'accueil / Commande / Nous joindre